Hypothèse de Mr. Dierstein sur l'origine du patronyme Valdenaire


 
 

Le patronyme, qui n'a aucune signification dans le patois vosgien, n'est probablement pas autochtone. Il semble provenir d'une "romanisation " du patronyme germanique/allémanique Waldner qui signifie en ancien Allemand forestier. Il faut donc admettre qu'à une date bien antérieure à 1500, un ou plusieurs porteurs de ce patronyme venant d'Alsace, de Suisse ou d'Allemagne se soient installés en Lorraine.
Ceci nous amène à effectuer quelques remarques sur la formation de ce nom ainsi que sur les origines géographiques supposées des Valdenaire:
Remarquons d'abord que le patronyme Valdenaire ne répond pas au modèle de formation (ou de transformation) onomastique, habituel aux XVe, XVIe siècles.
En effet avant le XVIIe siècle les patronymes n'étaient pas véritablement fixés, particulièrement dans cette zone romane des Vosges. Un nom de famille forgé à partir du prénom d'un aïeul : Thiery, Colin, Rémy, Claudel, Demange, pouvait facilement s'effacer en une génération au profit d'un patronyme toponymique (d'origine ou de résidence) sous l'effet d'un déplacement même de courte distance : de Xoulce, de Nol, de Baymont, Daval (patronymes rencontrés dans le secteur de Ventron). A fortiori lorsque à cette époque des migrations sur des longues distances se produisaient entre des aires géopolitiques ou linguistiques distinctes, le nom de famille originel disparaissait au profit d'un nouveau patronyme indiquant une origine géographique généralement assez vague : ainsi les Allemand, les Bourguignon sont-ils assez nombreux dans les Vosges lorraines tandis que l'on va retrouver sur le versant alsacien des Burgunder ou des Luthringer.
Rien de tout cela chez les Valdenaire, le ou les Waldner qui sont arrivés au XVe siècle (ou avant ?) n'ont ni troqué leur nom contre un patronyme géographique, ni vu leur nom traduit littéralement, en Forestier par exemple. Certes il y a eu " un vernis de romanisation " lié à la prononciation, mais la " strate germanique " précédente est encore très lisible !
Pour expliquer ceci plusieurs hypothèses peuvent être avancées avec de grandes précautions :
- Les premiers Waldner avaient une conscience onomastique assez développée, en clair ils tenaient à leur nom qui provenait d'une fonction assez importante au Moyen-Age, ils ont donc résisté à la pression du voisinage roman toujours prompt à transformer des noms inconnus ou étrangers. Ceci nous amène à nous poser la question du statut social des premiers Valdenaire, le fait qu'un certain Sébastien Valdenaire était prieur de l'Abbaye d'Hérival près de Plombières dès 1549 permettrait de pencher en faveur d'une origine sociale assez élevée, par ailleurs la tradition orale à Ventron fait état d'une origine noble, un descendant des Waldner du château de Freundstein près de Thann aurait été chassé par sa famille et se serait installé en Lorraine, une autre tradition mentionne l'arrivée de 3 frères Waldner du Freundstein, mais tout ceci semble avoir un parfum de légendes...
- Autre hypothèse les Waldner" forestiers " se sont installés dans des régions des Hautes-Vosges encore largement désertes au XVe siècle, du moins, où la présence romane n'était pas assez forte pour pouvoir imposer un changement onomastique aux nouveaux arrivants. Ainsi nous savons que Ventron est une déformation de Vinterung qui provient de l'allemand " Überwintern " et qui signifie hivernage, le village a en effet été fondé au Moyen-Age par des éleveurs alsaciens qui ont progressivement étendu leurs pâturages sur le versant lorrain des Vosges, construisant d'abord des chalets d'estivage sur les hautes chaumes, puis des granges dans la vallée pour hiverner. Une difficulté réside cependant dans la chronologie, si le village a été fondé aux XIe, XIIe siècles les noms de famille n'existaient pas alors, mais on peut imaginer que les Waldner sont venus par la suite rejoindre les premiers colons alsaciens.
- Dernière hypothèse enfin qui rejoint la précédente :il n'est pas exclu non plus que le nom de Waldner se soit formé aux XIV, XVe siècles en Lorraine même, au sein d'un isolat germanique depuis très longtemps installé dans le secteur. Cette possibilité qui s'applique bien à la situation de Ventron, est par contre moins plausible pour le foyer de Plombières/Hérival, a moins d'imaginer une émigration postérieure de Ventron à Plombières.
Il reste que les différents processus ont pu coexister, le premier s'appliquant plutôt à la souche de Plombières/Hérival, tandis que les suivants pouvant concerner la souche de Ventron.